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CSA et France Télévisions : l’UMP continue son cinéma

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© JACQUES DEMARTHON / AFP

Après Christian Jacob, patron du groupe UMP à l’Assemblée nationale, qui a demandé hier une commission d’enquête parlementaire pour étudier la procédure de nomination de la nouvelle présidente de France Télévisions, marquée selon lui par l’opacité, le député UMP Thierry Solère en a rajouté une (grosse) louche aujourd’hui lors de la séance des questions au Gouvernement.

En République, le soupçon, c’est un poison. Thierry Solère, un député UMP des Hauts-de-Seine, a donc réitéré cet après-midi la demande de création d’une commission d’enquête parlementaire sur les conditions de nomination de la nouvelle présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte.

Lors de la séance des questions au Gouvernement, l’élu a énuméré l’ensemble des problèmes posés, selon lui, par la procédure utilisée par le CSA : Opacité totale, soupçon d’irrégularité, soupçon de rupture d’équité entre les candidats, soupçon de partialité de membres du CSA, soupçon de plagiat d’un des projets d’un des candidats par la candidate retenue…

Une fois encore, nous sommes en pleine commedia dell’arte et visiblement les députés UMP ont perdu tout soupçon de mémoire. Il faut en effet rappeler que, lors de l’appel à candidatures du CSA du 18 octobre 2011, pour les six dernières chaînes TNT, 34 dossiers avaient été déposés quai André-Citroën (dont un par l’auteur de ces lignes, D-Facto, la chaîne “documentaires et débats”). Le jour même de la clôture officielle des dépôts, soit le 12 janvier 2012, nous avions déjà la liste des chaînes qui émettraient onze mois plus tard !

“Chihuahua” redonne de la voix

Et pour cause : tout était faux, faux et archi-faux. Sous Nicolas Sarkozy, qui nommait lui-même les présidents de France Télévisions et de Radio France, le CSA fantoche de Michel Boyon (ancien directeur de cabinet de Jean-Pierre Raffarin à Matignon) était contraint de faire semblant et organisait par conséquent des auditions factices, car les décisions étaient déjà prises au sommet de l’État. Entendre aujourd’hui les députés UMP pousser des cris d’orfraie lors de la séance des questions au Gouvernement est pour le moins saugrenu.

Inconnu du public, sa notice Wikipédia nous apprend que Thierry Solère est “un acteur de la vie politique UMP au sein du département des Hauts-de-Seine dont il est l’un des vice-présidents du conseil général”. Il est par ailleurs “l’un des personnages évoqués en juin 2012 par Marie-Célie Guillaume, alors directrice de cabinet de Patrick Devedjian, dans son ouvrage Le Monarque, son fils, son fief, ouvrage sur la fédération UMP des Hauts-de-Seine. Thierry Solère y porte le surnom de Chihuahua donné par Isabelle Balkany afin de décrire, selon elle, son comportement attentiste et intéressé auprès de Jean Sarkozy, alors fils du président de la République”, peut-on lire dans l’encyclopédie en ligne.

Sophie Marceau, apprenant il y a quelques jours que Jean-François Copé, l’ancien président de l’UMP, avait failli jouer à ses côtés dans La Boum mais était malade le jour du casting dans son lycée, a malicieusement répondu : “Peut-être que ça aurait rendu service à la politique s’il avait fini au cinéma.” Elle était loin du compte. Avec une telle troupe d’acteurs, c’est le cinéma tout entier qui devrait s’estimer lésé.

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