Le Lanceur

Esteban, la moutarde lui monte au nez

Manifestation contre la loi El Khomri, le 9 mars 2016, à Lyon © Tim Douet

Beaucoup de mes amis, forcément “de gauche”, se sont extasiés sur le million de signatures recueilli par la pétition en ligne contre la loi El Khomri. Le président de l’Unef, futur hiérarque “socialiste”, s’est quant à lui réjoui dans les médias du fait que “chaque génération construisait sa propre contestation”, tout en notant avec perspicacité qu’“à l’époque du CPE, il y a dix ans, il n’y avait ni réseaux sociaux ni hashtags”. Le jeune Esteban, 14 ans (14 ans !), interrogé au 20 heures de TF1, participait hier à sa première manif, parce qu’il ne veut pas d’une société où l’on travaille trop et “sans pause”… Voilà ce qu’est devenue une certaine gauche qui prétend “lutter contre la précarité” : un réceptacle pavlovien-cessible de bourgeois grassouillets, ultraconservateurs, qui jouent à la révolution en gueulant des slogans creux contre Hollande, Valls et son gouvernement, accusés d’être des suppôts d’un libéralisme aveugle et totalitaire.

Une manif contre le travail

Qu’on ne s’y trompe pas, ce n’était pas ce 9 mars une manif contre la réforme du Code du travail, c’était une manif contre le travail tout court. Esteban ne sera jamais Balzac, il ne sera jamais Mozart. Esteban ne sera pas non plus le maçon fier d’avoir construit un mur bien droit sous une pluie battante, le chirurgien ayant sauvé une vie après douze heures d’opération. Il ne sera pas sportif de haut niveau, il ne sera pas danseur classique, il ne sera pas chef d’entreprise. Non. Parce que, par-dessus tout, ce que veut Esteban, nourri sans aucun doute possible par les “valeurs de gauche” de ses parents, c’est glandouiller peinard dans une petite vie peinarde avec de longues pauses peinardes, c’est ça son rêve, son espoir et son horizon.

L’archétype du “frondeur”

Développer sa conscience citoyenne à travers ce prisme est une tragédie pour lui, pour la jeunesse, pour notre pays. À 14 ans dans une manif, à 18 ans à l’Unef, à 20 dans la fonction publique, à 21 à la CGT, à 30 à l’Assemblée nationale, Esteban suit le parcours typique du futur “frondeur”, qui n’aura jamais travaillé de sa vie et aura sans cesse manifesté contre tout embryon de réforme. La gauche contre le travail, la gauche contre les ouvriers, la gauche contre le peuple, la gauche qui lance et signe des pétitions en ligne, la gauche qui s’indigne via des hashtags, la gauche qui défile le mercredi s’il ne pleut pas trop fort, et qui rentre au bercail juste à temps, histoire de ne pas rater Touche pas à mon poste. Oui, notre véritable adversaire a bien un nom et un visage, il nous gouverne. Cet adversaire, c’est la couardise. Daech peut bien nous tirer comme des lapins. On fournira la moutarde. Vite une pétition en ligne ! #NonAuxLapinsCretins

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